Bienvenue
Je viens de commencer une nouvelle histoire : Dans le miroir. A suivre depuis la Catégorie du même nom.
En parallèle, j'écris plein de petits textes en vrac, et je publie quelques griffonnages presque potables...
Bonne visite,
Löwely
Bill passa la tête dans l'entrebâillement de la porte : personne. Il évalua rapidement les lieux, lista les issues possibles et se mit à la recherche de la meilleure cachette.
Il fit une dizaine de pas dans le noir et se retourna. Il pourrait allumer et trouver le meilleur refuge possible. Et si quelqu'un entrait entretemps ? Il se méfierait.
L'allemand imagina Kirke, flanqué de Sam et de quelques autres acolytes, qui discutaient de la meilleure façon de le torturer. Il frémit à cette idée et força le pas.
Enfin, la solution lui apparut. Il remarqua une trappe au plafond et décida de se cacher non loin de là.
Quelques secondes plus tard, la lumière envahit la pièce et cinq silhouettes s'avancèrent entre les bibliothèques... Kirke, en tête. Sam, tout derrière. Thomas. Et deux autres brutes.
L'allemand, depuis sa cachette, déglutit avec difficulté. Qu'est-ce que Thomas faisait avec eux !?
Pourquoi ? Pourquoi ?
Il serra violemment le bas de l'étagère contre laquelle il se tenait et celle-ci grinça. Surpris, il recula et se cogna contre le bureau qui le protégeait de la vue des autres. Un léger son se propagea dans l'air, brusqué par les mouvements des cinq jeunes hommes. Seul Sam le perçut et il tourna légèrement la tête dans la direction de son colocataire... Il comprit immédiatement la situation, et se laissa distancer par la troupe.
« Bill ? Va-t-en ! » articula le rouquin sans faire de bruit.
Non. Je ne partirai pas.
Bill se réinstalla dans sa cachette et entreprit de guetter les intrus.
Kirke s'avançait, parfaitement à l'aise, royal même dans son costume bleu nuit. Thomas n'avait pas quitté son éternel complet de majordome blanc, on aurait dit un ange parmi des humains. Il lui tournait le dos. Quant à Sam, il était nerveux, très nerveux, et Bill savait pourquoi...
Tranquillement, il désigna une trappe au plafond et ordonna à Thomas d’aller chercher « la perche ». Bill regardait, hypnotisé, la plaque au plafond. Ce sont les combles dont il était question dans le message.
- IL A DISPARU !
Les mots brisèrent le silence tandis qu'un sixième personnage, plus vieux et grotesque, faisait irruption dans le lieu. L'allemand sursauta à nouveau, mais évita tout de même de faire du bruit inutilement.
Kirke se mit immédiatement en colère.
- Vous êtes un incapable ! Votre mission était simple, pourtant ! Retrouvez-le ! RAMENEZ-LE-MOI !
Il s'étouffa de rage et interrompit son hurlée pour reprendre son souffle. Vivement, les deux brutes, Thomas et l’oiseau de mauvais augure - c'est-à-dire le directeur -disparurent... à sa recherche.
La peur tenaillait le ventre du pauvre fugitif. C'est lui qu'ils cherchaient. Lui. Il en avait la certitude !
Les minutes s'égrenèrent, angoissantes. Tic, tac. L'androgyne scrutait furieusement l'horloge qui indiquait imperturbablement l'heure. Tic, tac. Les livres dormaient sur leurs étagères. Tic, tac. Kirke écumait de rage en marchant de long en large, furieux. Tic, tac. Sam se rongeait les ongles nerveusement. Tic tac. Thomas et les autres revinrent.
- Rien.
- Nada.
- Chou blanc.
- Échec.
Kirke se mit presque à courir sous le choc.
- QUOI ? VOUS OSEZ REVENIR SANS LUI ? VOUS ÊTES MORTS, BANDES DE LARVES ! JE VOUS ENVERRAI BRÛLER EN ENFER ! ET TOUT DE SUITE !
L'enragé suédois saisit un dictionnaire et le lança sur l'un des fautifs. Bill entendit clairement l'épais ouvrage entrer dans le ventre de sa victime qui poussa un petit hurlement en s'écroulant.
Mais Kirke n'en avait pas fini, il prit un deuxième livre, puis un troisième et s'acharna sur les quatre hommes qui n'osaient pas réagir.
Finalement, sa colère retomba et il abandonna là ses victimes pour aller chercher quelque chose, Sam sur les talons.
Bill respira un grand coup et en profita pour se ménager un peu plus d'espace. Il vit quatre corps gisant inanimés sur le sol et sa peur se transforma en terreur.
Il devait fuir. Il le fallait. Et maintenant !
La soirée s'était mieux passée que prévue : Bill avait longuement discuté avec Sam après le souper et ce dernier lui avait fourni une multitude de détails sur le pensionnat du Pic Glacé et sur ses habitants.
Le jeune allemand avait ainsi découvert que Kirke était le fils de la prof de français et qu’il avait une sœur aussi terrible que lui, que le directeur avait remplacé l'ancien qui avait disparu mystérieusement, que les majordomes restaient raremesnt plus d'un mois : le job était trop pénible, etc.
Le rouquin se révéla être un compagnon très agréable et les deux colocataires discutèrent longuement de tout et de rien. Sam ne comprenait néanmoins pas pourquoi Bill tenait absolument à être dans ces établissement de fous, plutôt qu'ailleurs.
- Tu sais, si je pouvais partir, je m'en irais !
- Alors pourquoi restes-tu ?
- Parce que mon père me déshériterait !
Sam roulait des yeux effrayés. Son visage empâté prit une forme bizarre et l'allemand frissonna. Il avait déjà vu ce visage quelque part... Mais où ?
Bill abandonna son compagnon et alla s'affaler sur son lit, sur portable à la main. Avec toutes ses mésaventures, il avait failli oublier son frère jumeau... Mais celui-ci ne l'avait pas oublié !
L'allemand lut les trois messages avec un mélange de joie et de tristesse.
Sorry, ich bin nervös. Ich werde am Mittwoch ab 8 bei dir sein! Küss.
Hey, Bill ! Du hättest antworten können! Die Eltern sorgen sich für dich... Und ich auch. Was passiert?
Bill! Sei kein Kind! Antwortet! Bitte !
Son cher Tom s'inquiétait pour lui... Il arriverait le lendemain dans la matinée.... A ce moment, ils auraient tout le loisir de discuter, et ils finiraient par tomber dans les bras l'un de l'autre et rentrer ensemble à la maison.
Il composa le numéro de Tom, regarda sa montre et raccrocha. Il était 22h45, trop tard pour téléphoner.
Alles geht gut. Ich sehe dich morgens! Dein Bill.
Satisfait, il reposa son téléphone sur sa table de nuit et se retourna vers Sam. Il ne le vit pas.
Qu'est-ce qui se passait ?
L'androgyne hésita longuement... Le rendez-vous était prévu à 23h, dans un lieu qu'il ne connaissait pas. Il allait s'attirer encore plus d'ennuis en y allant et il pourrait tout aussi bien rester dans son lit et lire un bouquin...
Non, la curiosité était décidément trop forte. Il ramassa un gros pull, l'enfila puis il bourra son lit de vêtements pour faire croire qu'il dormait et sortit sur la pointe des pieds.
Premier objectif : trouver ces fameux combles et Sam, qui devait y être.
Il se dirigea vers la bibliothèque où il s'était fait tabassé la première nuit.
De toute façon, il fallait bien commencer à chercher quelque part !
Bill passa se changer et arriva en classe tout vêtu de noir, comme à son arrivée. La classe se tut instantanément, alors même que le cours n'avait pas commencé. L'androgyne se mordit la lèvre, il aurait dû remettre la chemise pourrie à Tom et essayer de se faire oublier.
La prof était déjà dans la pièce et le jeune homme constata que Kirke avait dû se faire sérieusement engueuler puisqu'il le suivait d'un regard mauvais, sans oser l'approcher.
- Salut, Sam ! Toujours vivant ? Se moqua Bill en rejoignant son colocataire.
Le rouquin n'était pas fier de lui... Il s'était montré d'une lâcheté incroyable en n'aidant pas son camarade de misère pendant le match. Honteux, le fautif se recroquevilla sur son siège, attendant la tempête... Qui ne vint pas...
Bill s'était assis et il dressait une liste de choses à faire et de résolutions à tenir pendant la fin de son séjour. Le rouquin ne comprenait pas un mot de la langue de Goethe que son voisin maniait si habilement.
Les cours reprirent, toujours aussi ennuyeux et le jeune allemand n'y prêta même pas attention, puisqu'il était sûr de ne pas rester dans cet établissement plus de deux jours. A un moment, il remarqua que Kirke et plusieurs autres s'échangèrent une feuilles qui atterrit à un moment sur les genoux de Sam. Curieux, Bill observait la réaction de son camarade. Ce dernier prit peur et blêmit directement en lisant les quelques mots griffonnés sur le papier quadrillé :
23 RDV combles.
C'est pour ce soir !
Le jeune gothique ne comprenait pas le sens des lettres alignés en vrac sur la page. S'il parlait couramment allemand, le français restait pour lui une langue savoureuse mais compliquée. Il recopia le message dans un coin de son cahier et tenta d'en découvrir le sens.
23 : c'était un numéro de code pour une activité spéciale, ou plus probablement une heure : 23h.
RDV : Bill ne saisit pas le sens de l'abréviation, il passa à la suite.
Combles : ce mot lui était inconnu, il regretta de ne pas avoir pris de dictionnaire avec lui...
Tant pis. La dernière sonnerie de la matinée se manifesta enfin et toute la classe se rendit au réfectoire. Bill avait faim et dévora son dîner sans la moindre inquiétude. En face de lui, Sam, qui ne le quittait plus, l'observait par-dessus son plateau à peine entamé.
- B... Bill, je suis... désolé. Vraiment. Je devrais t'aider mais...
- Ne t'en fais pas, Sam. Tu as fait ce que tu pouvais. Mais je ne compte plus me laisser marcher dessus.
- Dis... Tu t'habilles toujours comme ça ? demanda abruptement le rouquin. On dirait presque une fille... C'est... C'est bizarre...
Malicieusement, l'androgyne plongea son regard le plus innocent dans les yeux de son vis-à-vis.
- C'est mon look. Je ne me sens bien que comme ça !
Effaré, Sam oublia même de se sentir gêné, il scrutait le visage doux de l'allemand avec un mélange de sentiments qu'il ne parvenait pas à analyser.
- Euh... Je... Désolé... Je ne savais pas...
Il plongea le nez dans son assiette et se mit à manger frénétiquement. Bill était tout particulièrement satisfait de son petit effet.
Désormais, c'est lui qui maîtrisait son destin, et pas des petits malfrats blonds ou roux qui se croyaient tout permis...
L'après-midi débutait par deux heures d'allemand. Bill se retrouva par hasard à côté de Kirke lorsque la prof demanda de former des groupes de deux pour discuter. Il n’avait plus peur.
- Il est space, ton look ! Tu devrais éviter de te faire remarquer, c'est jamais bon ! Se moqua le suédois de sa voix grave.
- Kannst es auf Deutsch wiederholen, bitte !? Contre-attaqua l'allemand avec un sourire victorieux.
La prof s'approchait d'eux et observa Kirke en attendant sa réponse.
- Und ? Sagen Sie etwas, Kirke!
Le voyou, gêné et pris au dépourvu, affichait une tête de moule séchée. S'il détestait bien quelque chose, c'était l'allemand et tout ce qui s'y rapportait !
LE ROMANBill Kaulitz était de nouveau seul dans sa chambre. Sa solitude retrouvée ne le gênait plus du tout et il en profita pour faire le point sur tous les événements qui avaient parsemés son quotidien depuis une près d’une semaine.
Il revit d’abord Tom, leur soirée et leur dispute. Il pensa à sa mère qui n’avait rien compris à son départ et à sa culpabilité en quittant la maison.
Puis ses pensées se tournèrent vers cet étrange pensionnat français où les blonds faisaient la loi et ou le directeur n’avait pas sa place.
Le directeur. Il se remémora la figure grotesque du personnage et rit doucement. Sûrement, cet homme n’était pas le vrai gérant de l’établissement… Mais alors, qui était-ce ?
L’allemand se perdit un moment en conjonctures, toujours plus farfelues, puis abandonna le sujet. Non, Brad Pitt ne dirigerait jamais l’internat du Pic Glacé.
L’androgyne était redevenu calme, serein. Avoir mangé l’avait apaisé, il repensa à Thomas et à ses oublis continus. Il avait désormais un allié de poids ici, et tout finirait par s’arranger.
Il se blottit sous les couvertures et s’endormit.
Mme Delerive réveilla Bill le lendemain. Pour la peine, elle avait troqué sa tenue de gym pour un complet discret et assorti à ses boucles auburn.
- Debout, jeune paresseux ! Je veux des explications !
Bill mit quelques secondes à percuter. Il commença même à paniquer et mit dix bonnes secondes à retrouver un semblant de calme.
- Hi... Hier matin, Sam m'a traîné dans le corridor et Kirke m'a roué de coups. Puis ils m'ont frappés avec la balle… à plusieurs reprises…pendant le cours... Et... Et voilà.
L'allemand avait le souffle court, il était tétanisé. Dans son état, il aurait été bien incapable d'argumenter plus et préféra se tasser dans son lit en attente du verdict.
- Oui, ce n'est pas une école de tendres... En général, les gens ne demandent pas à y être inscrits...
Elle transperça l'androgyne du regard.
- Vous êtes un curieux personnage... Méfiez-vous de tout le monde, ici ; les apparences sont trompeuses. Même vos alliés peuvent se retourner contre vous !
Après un long silence, elle conclut :
- Quoi qu'il en soit, vous pouvez venir me voir si vous avez un problème. Je tâcherai de vous aider, mais soyez fort et battez-vous !
La prof de gym sortit, laissant un Bill effaré derrière elle. Il s'attendait à un sermon, pas à des menaces... Est-ce qu’elle parlait de Sam ? De Thomas ? Non !
Il se redressa sur son lit et constata que son bras était infiniment plus léger : à la place du lourd plâtre de la veille, il avait maintenant une attelle bleue. Qui s'amusait donc à lui changer son plâtre pendant la nuit ?
L'impression d'être observé en permanence s'insinua dans son esprit... Il la chassa rapidement. Demain Tom serait là, et ils pourraient s'expliquer. En attendant, il lui restait encore plusieurs dizaines d’heures maximum à passer ici, et il comptait bien rester vivant.
Thomas débarqua dans la pièce tout fringant.
- Il paraît que l'isolement est fini ! Tu vas pouvoir retourner en classe ! Tu as faim ?
Il s'approcha du jeune convalescent et lui sourit tranquillement. Son regard exprimait une vive impatience.
- Alors ? Je t'amène quelque chose à manger ?
- Euh... Non, ça ira...
Bill était gêné par les déclarations de Mme Delerive… Est-ce que Thomas préparait un coup fourré ?
Son cœur se serra et il sortit de son lit, mettant de l'espace entre le majordome et lui.
- Delerive m'a dit de faire attention, se dit-il. Eh bien je me méfierai de Thomas !
Hélas, il ne savait pas s'il agissait ainsi par lâcheté ou si c'était la bonne solution, et ça le perturbait beaucoup.
LE ROMANBill se réveilla deux heures plus tard. Il se sentait courbaturé, blessé, et complètement démoralisé. La pièce où il se trouvait était blanche et ressemblait énormément à sa chambre. Il observa la petite fenêtre qui intégrait un morceau de ciel bleu au décor nu.
- Il y a quelqu’un ? demanda-t-il.
Sa voix se perdit dans le silence qui l’entourait. Il tenta de se relever, mais son bras gauche était retenu par un plâtre monstrueux. Tous les événements de la journée lui revinrent en mémoire et il se surprit à trembler, seul dans son lit blanc.
Visiblement, il était seul dans la chambre et personne ne devait se soucier de lui… Il lâcha un juron et fit un deuxième essai pour se redresser. Peine perdue, son bras restait inerte et refusait de se soulever. Sa tête se mit à tourner et il abandonna.
Bien plus tard, alors que le désespoir l’avait gagné et qu’il déprimait tout seul, une tête blonde se dessina dans l’entrebâillement de la chambre.
- Bonjour, puis-je entrer ?
- Thomas…
Le majordome referma la porte derrière lui et s’approcha du lit, un plateau-repas à la main.
- Tu as été placé en isolement forcé et personne ne viendra te déranger d’ici à demain sur ordre du directeur. Tiens, voici quelque chose à manger.
Il lui tendit le plateau et s’installa sur le bord du lit pour le regarder son protégé se nourrir. Bill se doutait que le jeune homme n’avait pas le droit de venir, mais il appréciait sa compagnie et se tut prudemment.
- Je n’ai pas assisté à la scène, mais il paraît que Kirke t’a lynché… Raconte !
- Oui… Merci pour le plateau ! Je suis mort de faim.
- C’est rien… De quoi on parlait ?
Le blessé se tassa un peu plus dans son lit et se mit à avaler goulûment son repas. Il n’avait pas mangé depuis une bonne journée et, bien qu’il ait un appétit d’oiseau, il termina son assiette en moins de deux.
Thomas siffla, admiratif, et lui enleva le plateau, devenu étonnamment léger.
- Tu avais faim… Oh !
Le majordome jeta un coup d’œil à sa montre et soupira.
- Je dois y aller, sans ça quelqu’un remarquera mon absence. Repose-toi bien !
Il réinstalla Bill le plus confortablement possible, ramassa le plateau et disparut en silence, comme à son habitude.
LE ROMANLe cours avait lieu sur un petit terrain de sport, en plein air. Tous les élèves s’échauffaient consciencieusement, sous le regard attentif de la prof de gym, Mme de Delerive. Kirke se tenait à l’écart, au grand soulagement de Bill. Il se demandait néanmoins qu’est-ce que son « engagement » au service du suédois allait lui ordonner de faire coûter. Il effectua tous les exercices, haletant, déjà épuisé par l’effort. Ses muscles le faisaient souffrir atrocement.
Il ne supportait pas l’exercice physique et préférait de loin des sports plus calmes, voire carrément des séances de massage. Son esprit retourna à son frère resté en Allemagne.
Tom ne pouvait pas lui en vouloir à vie, non plus... Il ne souhaitait pas que tout redevienne exactement comme avant, mais quand même.
Il s’affala sur le sol, épuisé par la série de pompes qu’il venait d’exécuter. Sa vue s’obscurcit et il se retrouva brusquement dans la pièce qu’il avait quitté pour la dernière fois cinq jours plus tôt. Tom était étalé sur le lit, torse nu. Il lisait un catalogue de vêtements en écoutant la radio. Le soleil se levait et inondait la chambre, auréolant la scène d’un aspect irréel.
- Bonjour Tom, souffla Bill. Je voulais te présenter ma nouvelle cop...
La jeune femme entra dans la pièce, derrière lui. Il vit alors un regard de haine brûler dans les yeux de son frère jumeau.
- Salaud !
- Tom ! s’écria Bill, stupéfait.
Bam! Une gifle retentissante le propulsa vers la réalité. Kirke se tenait au-dessus de lui, narquois.
- Alors, qui c’est Tom ? Ton copain ? roucoula-t-il.
L’androgyne ne put réprimer un hoquet de stupeur.
- Ich… Je… Non, je…
Mme Delerive remplaça le suédois dans son champ de vision. Elle l’obligea à se redresser et à boire de l’eau.
- Vous devriez vous ménager, jeune homme. Vous avez l’air déboussolé. … Bien, allez-vous asseoir sur le côté, je vous accorde dix minutes de récupération.
Reconnaissant, Bill alla s’écrouler sur un banc ombragé et soupira, tentant de chasser ses sombres pensées. Tom. Il se massa vigoureusement les avant-bras, marqués par des bleus.
L’allemand assista à deux parties de basketball, obligé de supporter les pathétiques imitations de Kirke et sa bande qui faisaient semblant de s’évanouir en gémissant des « Oh tom chéri ! » particulièrement agaçants.
Sa pause prit fin et la prof l’appela sur le terrain pour qu’il joue… contre l’équipe à Kirke. Il frissonna et se rassura en pensant aux affirmations de Thomas. Son esprit revint à leur rencontre un peu plus tôt dans la journée. Il voulait l’avertir, mais contre quoi ?
- Concentre-toi, idiot ! marmonna-t-il, furieux.
Le jeu commença normalement. Bill n’était pas fort ni rapide, mais il se révéla agile et toujours prompt à marquer, malgré ses blessures. Ses coéquipiers l’intégrèrent rapidement et le poussèrent en attaque. Il marqua trois paniers de suite, quand un premier incident survint.
Alors qu’il retournait en arrière, il reçut la balle dans les jambes et s’encoubla dedans. Il rétablit son équilibre et se retourna vers les lanceurs potentiels : il n’y avait que trois garçons de son équipe. Bill flaira aussitôt le danger et se mit sur ses gardes.
Une minute plus tard, un deuxième envoi malheureux le toucha à l’épaule et il poussa un petit cri. Mme Delerive le traita de gamin, lui ordonna de se reprendre et relança la partie.
Le troisième tir « hasardeux » le frappa à la tête, très violemment. Il s’écroula sur son voisin, Kirke qui lui enfonça son coude dans l’estomac et entreprit de le tabasser jusqu’à ce que la prof s’approche d’eux et les sépare. Bill s’effondra dans ses bras, à moitié assommé.
- Hé ! Mais vous n’êtes pas endurant, vous ! le charria-t-elle.
Elle le souleva à la moitié et le traîna vers l’infirmerie. Il s’évanouit en cours de route, pour la troisième fois de la journée.
Décidément !
LE ROMAN| Novembre 2009 | ||||||||||
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