Je l'ai écrite pour y retrouver mon personnage préféré, le majordome. J'espère qu'elle vous plaira !
Löwely
Un van noir s’engagea sur le chemin de terre, entre les hauts pins. Quelques ombres regardèrent passer le véhicule, mais seules deux d’entre elles prirent la peine d’observer les humains qui le conduisaient ; une femme aux longs cheveux bruns tenait le volant, elle suivait les indications de son voisin, un jeune homme arborant des dreads brunes, qui se débattait avec une vieille carte routière. Derrière une fille, où plutôt un garçon … Oui, cela devait être un garçon, tout habillé de noir, dormait paisiblement.
- Ce sont des jumeaux.
- Pardon ? Ils ne se ressemblent pourtant pas.
- Ils s’habillent différemment, mais cela ne change rien. Le moment est venu.
Les deux ombres s’évanouirent comme elles étaient arrivées.
Les trois nouveaux venus ignoraient tout de ce que leur réserveraient ces vacances.
Un immense manoir se détacha de la masse d’arbres qui les encerclait. Assis à la place du mort, Tom Kaulitz regardait avec admiration l’immense bâtiment aux nombreuses fenêtres.
- C’est glauque. M’man, tu es sûre que ce n’est pas hanté ?
- Arrête de te plaindre, Tom ! Les fantômes n’existent pas. Et réveille ton frère, on est arrivé.
Tom se détacha et se retourna sur son siège pour tirer l'androgyne de son sommeil.
- Bill ! Debout ! Hey !
Son jumeau ouvrit un œil en grommelant. Il ne fallait pas le déranger pendant sa sieste.
- Tom ! Fiche-moi la paix !
- Réveille-toi ! On est arrivé.
Intrigué, le jeune homme daigna se redresser et lança un coup d’œil dans la direction du manoir. Il resta le souffle court.
Et effectivement, le décor avait de quoi surprendre !
Partiellement cachée par les arbres, la bâtisse s’élevait sur deux étages, dotée d'une porte d’entrée gigantesque, tout en chêne massif. Elle se dressait au bout du sentier avec la majesté toute particulière de ces anciennes constructions qui ont traversés les siècles. Les vitres étaient immenses, démesurées et les reflets du ciel tranchaient avec le vert-gris des briques employées pour les murs et la mousse couvrant les tuiles du toit.
Les trois nouveaux venus détonnaient beaucoup dans ce paysage fantômatique.
- Wow ! C’est une belle maison !
- Tu parles, je suis sûre qu’il fait froid et humide, et…
- Oh ! Tais-toi un peu, Tom !
Les deux frères sortirent de la voiture et allèrent décharger les bagages. Leur mère avait déjà disparue.
- On va se perdre là-dedans ! Il fait sombre toute la journée ici ! En plus, il n’y a personne ! Et puis…
Bill s’éloigna en traînant ses bagages derrière lui.
- Arrête de râler, Tom ! grommela-t-il avant d’entrer dans la maison.
- Imagine qu’on croise un fantôme en plus ! L’horreur !
Le jeune rockeur tira dans un caillou en jurant. Il se retourna vers son frère mais ne le vit pas.
- Bill? Bill! Où es-tu ? Bill!
Il abandonna ses affaires sur le sol et courut vers la maison en criant. Il se mit à paniquer subitement.
- Bill ?
Il passa la porte en chêne et s’écroula sur le marbre de l’entrée. Le sol était incroyablement glissant. Il dérapa sur les genoux devant plusieurs portraits d’ancêtres et une tête de cerf empaillée, pour s’arrêter finalement en bas d’un immense escalier en colimaçon.
- Aïe !
Un immense éclat de rire dévala l’escalier et alla se répercuter sur les murs de l’entrée.
- Bill ! Ta gueule !
La tête de lionceau de Bill apparut en haut des marches. Avec ses cheveux hérissés, il tranchait furieusement avec l’aspect sinistre des lieux.
- T’aurais pu te méfier ! Allez, viens voir ! Il y a plein de chambres !
Il disparut et Tom se retrouva de nouveau seul. Il tapa rageusement du poing sur le marbre froid, puis il se releva lentement.
- Quelles vacances pourries !
Bill avait jeté ses affaires sur le lit et il examinait avec attention toute la chambre. En ouvrant les tiroirs les uns après les autres, il tomba finalement sur une plaquette poussiéreuse. Écrit en gothique, les chiffres « 102 » s’étalaient sur toute la surface.
Il hésita, puis sortit de la pièce rapidement. Il raccrocha la plaquette sur la porte de sa chambre.
- Bill ! Qu’est-ce que tu fais ?
Tom s’approcha de lui. Il vit immédiatement le numéro de la chambre et hésita.
- Tu veux vraiment prendre cette chambre ?
- Ce n’est qu’un numéro. Et puis, c’est la meilleure chambre. Tu vas dormir où ?
- J’en sais rien… Où dort maman ?
- Au rez-de-chaussée, près de la cuisine !… On aura la paix !
Il lui adressa un clin d’œil. Tom se détendit pour la première fois depuis son arrivée. Il sourit et s’avança vers la chambre suivante.
- Je prends celle d’à côté, alors !
Dehors, l’ambiance était tendue. Sous le couvert des arbres, les deux silhouettes parlementaient vivement.
- C’est cruel !
- Peu importe, c’est la seule solution !
- … Et si on abandonnait ?
- Non. Il n’y a que ce gosse qui fera l’affaire !
- Pourquoi as-tu besoin de moi ?
- Parce que je n’intéresse pas Bill… Et il me connaît, toi pas !
- Quel dommage…
- A table !
Le souper s’annonçait frugal. Bill et Tom découvrirent le pot de confiture et la baguette qui trônait au milieu de l’immense table baroque.
- Je suis désolée, je n’ai pas réussi à trouver les plaques pour cuire…
- Et tu ne pouvais pas réchauffer des lentilles ?
- Il n’y a pas de four à micro-ondes dans un si vieux manoir !
Leur mère éclata de rire devant la mine déconfite de ses enfants.
- Allez, venez manger ! Et ne râlez pas !
Les jumeaux approuvèrent en grommelant. Ils avaient encore faim, mais leurs réserves de nourriture crue s’épuisaient très rapidement.
Ils laissèrent leur mère ranger et se glissèrent dans la cuisine pour trouver les plaques chauffantes.
Après dix minutes de recherche, ils déchantèrent rapidement : il n’y avait pas d’électricité, ni de gaz, ni rien qui se rapprochait d’une source d’énergie.
En revanche, ils finirent par isoler le seul meuble qui pourrait éventuellement leur permettre de chauffer quelque chose, au bois.
- Tu as déjà utilisé ce genre de chauffage ? murmura Bill, incrédule.
- Non, répondit son frère, désespéré.
Leur mère s’approcha et contempla la scène, effarée.
- il nous faut du bois…
Tous trois se regardèrent : trouver du bois… Dans la forêt ?
Ils frissonnèrent.
- On verra demain, conclurent les jumeaux.
Le matin se levait péniblement par-dessus les arbres. La brume noyait et la forêt et le manoir dans une obscurité désespérante.
Blotti dans son lit, Tom regardait la cime des arbres par la fenêtre. Il faisait trop froid pour qu’il se lève… Il n’osait même pas bouger d’un pouce car tout le reste de son lit était gelé. Quelle idée de dormir dans un château pareil !
- Elles sont pourries, ces vacances !
Il referma les yeux et tenta de se rendormir.
- Tom ? Debout ! Allez !
L’androgyne, chaudement habillé, débarqua dans la chambre de son frère en courant.
- Allez ! Il y a une chapelle derrière le manoir ! On va visiter ! Allez, viens !
- Lâche-moi, Bill ! Il fait beaucoup trop froid !
- Espèce de frileux !
Il tira d’un coup sec la couverture. Tom gémit et se recroquevilla sur le matelas en tremblant.
- Rends-moi ça ! Crétin !
L’androgyne lança le lourd duvet sur son frère qui poussa un grognement.
- Il est tout froid, maintenant !
Agacé, Tom se leva en râlant. Il ouvrit son sac et choisit les vêtements les plus chauds qu’il pouvait trouver.
- J’ai rien pris de chaud ! On est en été, pourtant !
Le déjeuner les attendait… Où plutôt, quelque chose qui approchait un déjeuner… Les jumeaux découvrirent leur mère, perdue dans un pull en laine démesurée, qui tartinait du miel sur des biscottes…
- C’est tout ce qu’il y a à manger ?
- Oui. Vous n’avez qu’à aller au village si vous n’êtes pas content !
Tom fit la grimace.
- Tu pouvais pas prévoir ? grogna-t-il.
- C’est pas grave ! On ira après manger… Et c’est moi qui conduit ! plaisanta l’androgyne en se saisissant des clefs de la voiture.
- Ah non ! Pas question !
Tom se jeta furieusement sur lui. Il détestait cet endroit, mais il ne laisserait pas son frère le conduire ! Il y avait des limites à tout !
- Assez !
Leur mère les sépara brutalement.
- Tom ! Calme-toi ! Tu es devenu fou ou quoi ?
Le jeune rockeur battit en retraite, vaincu.
- J’irai pas. Je retourne me coucher.
Il quitta la pièce, furieux et vexé. Bill abandonna la partie et enfila sa veste avant de sortir.
- Je reviens bientôt ! Au revoir !
Bill s’assit dans le van et lança le moteur. En se retournant pour attacher sa ceinture, il remarqua une ombre qui disparut aussitôt. Quelqu’un l’observait. Il frissonna de peur et ferma la portière à clef.
Le véhicule s’éloigna rapidement, tournant de façon un peu brusque à chaque virage.
- Idiote ! Je suis sûr qu’il t’a vu ! Qu’est-ce qui m’a pris d’avoir une sœur pareille !?
- Mais non, ne t’en fais pas ! Tu m’as dit qu’il est tête-en-l’air.
- Pas au point de ne pas voir un éléphant dans un couloir ! Imbécile !
L’homme s’éloigna à grands pas, aussi furieux que Tom Kaulitz qui, au même moment, hurlait de rage dans sa chambre.
Bill ralentit un peu en sortant de la forêt. Il était particulièrement tendu et ne parvenait pas à se détendre. Il avait un mauvais pressentiment, très mauvais.
- J’espère que c’était une erreur.
Il gara la voiture au bord de la route et sortit la gigantesque carte de la région.
- Tom ! Tu aurais pu faire un effort et plier correctement la carte.
Il déchira en bonne partie la carte avant de réussir à l’étaler devant lui. Le manoir était entouré d’un immense trait rouge, il suivit du doigt la route qui serpentait jusqu’à la sortie de la forêt, puis repéra son chemin jusqu’au village le plus proche.
- J’en aurai pour dix minutes de route, en roulant tranquillement.
Le soleil éclairait chaudement les champs et la voiture. En souriant, Bill se débarrassa de son gros pull et de sa veste. Décidément, le manoir était bien frais…
Il ouvrit la fenêtre, mit la radio et se mit à chanter avec insouciance.
Tom s’était finalement calmé. Il s’assit sur son lit et se mit à observer autour de lui pour la première fois. La pièce était tout en pierre, il n’y avait qu’un vaste lit froid, un vieux fauteuil poussiéreux et une étagère couverte de livres. Il s’approcha et parcouru les couvertures du doigt. Il s’agissait surtout de classiques : Freud, Goethe, Durrenmatt, etc.
Il s’arrêta finalement devant un livre écrit en gothique dont le livre était effacé. Il l’ouvrit et lut la première page. Fasciné, il s’installa dans le fauteuil et poursuivit sa lecture, plongeant dans un monde de la nuit hanté de fantômes, de trésors et de malédictions.
Bill gara la voiture à côté de l’épicerie. Il sortit, referma soigneusement la voiture et entra dans le magasin. Le gérant se retourna à son arrivée, il hésita puis le salua :
- Bien le bonjour, jeune homme ! Je peux vous aider ?
- Euh… Merci, je cherche juste de quoi faire à manger !
Il s’avança entre les étalages, piquant un peu au hasard de la nourriture sur les rayons.
- Salut ! Tu dors au château ?
L’androgyne marqua un temps d’arrêt, puis il se retourna et dévisagea la jeune femme qui l’avait apostrophé.
- Hey ! Je te cause ! Tu es au château ?
- Euh… Oui. Qui es-tu ?
- La fille du gérant ! Je m’appelle Dana. Et toi ?
- Bill.
Il s’éloigna pour couper court à la conversation.
- Ne te sauve pas ! Je veux juste causer !
- Pourquoi ?
- Pour faire connaissance. Il n’y a jamais de nouveaux par ici… Tu pourrais venir boire un verre, qu’on fasse connaissance ?
L’allemand hésita, puis soupira.
- Si tu veux… Mais…
Il pensa à Tom, qui devait grogner tout seul dans son coin. Il sourit.
- D’accord !
Tom, de son côté, avait complètement oublié son frère. Il était plongé dans sa lecture. Le fantôme de la Dame du lac dansait devant ses yeux, dans son manteau blanc neige.
Il dévorait toutes les légendes du vieux manoir et celles de la forêt alentour. C’était fascinant.
Bill paya ses achats puis suivit ladite Dana dehors. Elle l’invita à monter dans son véhicule, un bus rouge qu’il avait déjà vu… Lui sembla-t-il.
- Tu restes combien de temps ?
- Deux semaines, je crois… Mais pourquoi est-ce que ça t’intéresse tant ?
Elle rit sans quitter les yeux de la route. Le jeune homme en profita pour l’observer plus attentivement. Elle avait de longs cheveux blonds qui lui tombaient en de vastes mèches autour de son visage assez petit et aux traits assez marqués. Elle n’était pas belle, mais assez jolie, et elle savait se mettre en valeur.
Bill se rendit rapidement compte qu’il ne savait plus où il était. Ce n’était pas très prudent.
- On va où ?
- Dans le seul bar potable ! Il n’est pas loin de chez toi, en pleine forêt.
Le bus s’engagea dans la forêt et s’arrêta presque aussitôt devant un petit chalet en bois.
- « La Dame de la Forêt »… Quel nom étrange pour un endroit pareil !
- Oui ! Aucune dame ne voudrait vivre ici ! rit Dana en secouant ses mèches.
Ils entrèrent dans le bar, qui ressemblait plus à une taverne qu’à autre chose.
- C’est la taverne à mon oncle, précisa Dana.
Bill s’immobilisa sur le seuil ; la pièce était très sombre. Il distinguait vaguement le bar et quelques tables, mais tout le mobilier était en bois, les murs et le sol aussi, si bien que les formes se mélangeaient sous ses yeux.
- Dana ? appela-t-il.
- Allez, viens ! Je t’invite à boire quelque chose.
Elle s’approcha de lui, le saisit par la main et l’entraîna vers une table à l’écart des autres. Le barman apparut derrière son bar, il était tout aussi blond que sa nièce, mais étonnamment plus costaud.
- Alors, les tourtereaux, ce sera quoi pour vous ?
- Deux bières, s’il te plaît !
- A vos ordres, chère nièce.
Et le barman disparut sans bruit. Bizarrement, l’androgyne avait l’impression d’avoir déjà vécu cette situation auparavant. Il était déconcerté.
- N’aie pas peur, Bill ! Je ne vais pas te manger, sourit Dana en approchant sa main de la sienne.
Il retira brusquement sa main, surpris.
- Mais… Je n’ai pas peur… Pourquoi j’aurais peur ?
- Je suis sûre que tu ignores tout des filles ! Mais je peux t’apprendre si tu veux…
Bill était de plus en plus mal à l’aise. Hélas, il ne pouvait pas s’enfuir bien loin. Il ne savait pas où il était, et il ignorait comment rentrer.
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