Chapitre 4
Bill s’assit dans le van et lança le moteur. En se retournant pour attacher sa ceinture, il remarqua une ombre qui disparut aussitôt. Quelqu’un l’observait. Il frissonna de peur et ferma la portière à clef.
Le véhicule s’éloigna rapidement, tournant de façon un peu brusque à chaque virage.
- Idiote ! Je suis sûr qu’il t’a vu ! Qu’est-ce qui m’a pris d’avoir une sœur pareille !?
- Mais non, ne t’en fais pas ! Tu m’as dit qu’il est tête-en-l’air.
- Pas au point de ne pas voir un éléphant dans un couloir ! Imbécile !
L’homme s’éloigna à grands pas, aussi furieux que Tom Kaulitz qui, au même moment, hurlait de rage dans sa chambre.
Bill ralentit un peu en sortant de la forêt. Il était particulièrement tendu et ne parvenait pas à se détendre. Il avait un mauvais pressentiment, très mauvais.
- J’espère que c’était une erreur.
Il gara la voiture au bord de la route et sortit la gigantesque carte de la région.
- Tom ! Tu aurais pu faire un effort et plier correctement la carte.
Il déchira en bonne partie la carte avant de réussir à l’étaler devant lui. Le manoir était entouré d’un immense trait rouge, il suivit du doigt la route qui serpentait jusqu’à la sortie de la forêt, puis repéra son chemin jusqu’au village le plus proche.
- J’en aurai pour dix minutes de route, en roulant tranquillement.
Le soleil éclairait chaudement les champs et la voiture. En souriant, Bill se débarrassa de son gros pull et de sa veste. Décidément, le manoir était bien frais…
Il ouvrit la fenêtre, mit la radio et se mit à chanter avec insouciance.
Tom s’était finalement calmé. Il s’assit sur son lit et se mit à observer autour de lui pour la première fois. La pièce était tout en pierre, il n’y avait qu’un vaste lit froid, un vieux fauteuil poussiéreux et une étagère couverte de livres. Il s’approcha et parcouru les couvertures du doigt. Il s’agissait surtout de classiques : Freud, Goethe, Durrenmatt, etc.
Il s’arrêta finalement devant un livre écrit en gothique dont le livre était effacé. Il l’ouvrit et lut la première page. Fasciné, il s’installa dans le fauteuil et poursuivit sa lecture, plongeant dans un monde de la nuit hanté de fantômes, de trésors et de malédictions.
Bill gara la voiture à côté de l’épicerie. Il sortit, referma soigneusement la voiture et entra dans le magasin. Le gérant se retourna à son arrivée, il hésita puis le salua :
- Bien le bonjour, jeune homme ! Je peux vous aider ?
- Euh… Merci, je cherche juste de quoi faire à manger !
Il s’avança entre les étalages, piquant un peu au hasard de la nourriture sur les rayons.
- Salut ! Tu dors au château ?
L’androgyne marqua un temps d’arrêt, puis il se retourna et dévisagea la jeune femme qui l’avait apostrophé.
- Hey ! Je te cause ! Tu es au château ?
- Euh… Oui. Qui es-tu ?
- La fille du gérant ! Je m’appelle Dana. Et toi ?
- Bill.
Il s’éloigna pour couper court à la conversation.
- Ne te sauve pas ! Je veux juste causer !
- Pourquoi ?
- Pour faire connaissance. Il n’y a jamais de nouveaux par ici… Tu pourrais venir boire un verre, qu’on fasse connaissance ?
L’allemand hésita, puis soupira.
- Si tu veux… Mais…
Il pensa à Tom, qui devait grogner tout seul dans son coin. Il sourit.
- D’accord !