Chapitre 20

Publié le par Löwely

Thomas aperçut enfin Bill, qui s’était foulé la cheville dans un rapide. En deux enjambées, il fut sur lui et lui attacha solidement les mains dans le dos avant de lui passer un licol.

Épuisé et perdu, l’androgyne se laissa faire. Il en avait assez de ne pas manger, de fuir et de se faire frapper. Dana observait la scène sans exprimer la moindre émotion. Elle commençait à en avoir assez de voir le jeune gothique s’échapper et leur compliquer la tâche. De plus, son interrogatoire l’avait beaucoup secouée, et elle se mit à douter des motivations de son frère, dont elle ignorait tout, au final.

Thomas se rendit vite compte des doutes de sa sœur, il lui confia la laisse du chien et lui conseilla de rentrer au plus vite.

- Va te reposer, tu en as assez fait pour aujourd’hui.

La jeune femme se saisit de l’animal et disparut aussitôt. Une immense lassitude l’avait peu à peu envahie, et elle avait hâte de se blottir dans un bon lit douillet.

Thomas sortit une boussole, prit le licol de Bill de l’autre main, et se mit en marche.

- où va-t-on ? demanda faiblement le prisonnier.

- Au manoir, mon mignon. Et tu vas rester sage, sinon je te défonce la gueule !

L’androgyne se tut aussitôt et il se contenta de suivre docilement son nouveau maître.


Erich Lefranc et Simone Kaulitz discutèrent un moment, sans tenir compte de Tom qui jetait des regards inquiets vers la chapelle. Finalement, Erich sortit une boussole de sa poche et désigna l’Est.

- S’il est allé vers la rivière, il doit encore y être maintenant ! Dépêchons-nous !

Les deux adultes s’enfoncèrent dans la forêt, suivis par un Tom hargneux. Ils marchaient rapidement, sans prendre garde aux ronces qui leur écorchaient les chevilles.


Dana arriva finalement à la cabane. Elle attacha le chien à un arbre et alla s’écrouler sur le sofa, à l’intérieur. Elle s’assoupit presqu’aussitôt, fauchée par la fatigue.

Dehors, le gros chien s’était lui aussi allongé. Mais il veillait, et protégeait efficacement sa maîtresse de tout intrus indésirable.


Thomas tirait Bill sur le chemin. Il monologuait allégrement, ravi de son succès prochain.

- Je devrais quand même te raconter la fin de la légende. Tu sais, je la connais par cœur ! J’ai mis si longtemps à trouver le meilleur sujet pour cette expérience… Mais tu verras, ça vaudra la peine ! … Alors écoute.

Bien que Bill n’ait pas dit un mot depuis au moins dix minutes, Thomas attendit un signe d’assentiment de sa part. Lassé du mutisme de son prisonnier, il commença à réciter :

- Après quelques années, un jeune homme architecte, dont le physique laissait apparaître une certaine féminité, malgré son accoutrement, arriva au village. Heureux et fier, le très vieux prêtre accueillit avec joie son enfant de retour, et lui confia aussitôt la tâche de bâtir une chapelle à la Vierge près du vieux manoir où il avait trouvé la jeune femme la première fois.

Celle-ci s’acquitta de sa tâche et fit construire une magnifique chapelle dans les bois. Le curé s’y rendit bientôt, suivi de son successeur car il se faisait vieux, et, aidé de la jeune femme, il dédia le bâtiment presque achevé à la Vierge Marie. Il la remercia tant et si bien qu’une très belle Dame apparut devant eux. Sous le choc, le vieillard s’écroula sur le sol, serein à l’idée de son sort futur. L’autre prêtre, qui était resté, dehors se cacha dans un coin.

- Insolente enfant ! Tu dois ta survie et ton don à moi ! Et pas à une quelconque vierge effarouchée ! Je suis une Fée ! Je suis la Dame de la Forêt ! Je veille sur ses lieux depuis des temps immémoriaux.

La Dame s’approcha de la jeune femme et lui arracha ses habits masculins…


LA DAME DE LA FORÊT
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