Chapitre 9
Dana retrouva finalement Bill, qui ronflait à même le sol. Elle soupira et s'approcha du dormeur et se pencha à son oreille. Elle susurra doucement :
- Mon coeur, bien dormi ? Il est temps de te lever !
Elle le secoua violemment, le forçant à se releveer.
- DEBOUT !
Bill poussa un cri en se réveillant.
- Lâche-moi ! Aïe ! Arrête !
La jeune femme le repoussa et se redressa en rouspétant.
- Tu t'es perdu ? Suis-moi !
L'androgyne obtempéra immédiatement, ravi à l'idée d'un possible dîner après sa journée de diète forcée.
- J'ai faim, grommela-t-il.
- Tais-toi, et avance ! Le coupa-t-elle violemment.
Ils s'enfoncèrent dans la forêt entre les arbres, l'allemand suivant Dana attentivement.
Parqués sur la place principale, les deux Kaulitz désespéraient : la place était vide, à l'exception d'un vieux chien qui ronflait dans un coin. En voyant arriver le véhicule inconnu, le cabot se réveilla soudain et déguerpit en gémissant.
- Ca m'étonnerait que Bill soit là, ils se sont foutus de nous ! Râla la pauvre mère.
- Il y a quelqu'un, là ! S'enthousiasma Tom en plantant les freins.
Il sauta du véhicule et se précipita vers un monsieur sympathique qui déambulait tranquillement sur le trottoir d'en face.
- M'sieur ! M'sieur !
Le bonhomme s'arrêta et considéra un instant le jeune rockeur qui courait à sa rencontre, il lui rendit son salut.
- Bonsoir, jeune homme. Vous voulez quelque chose ?
- Est-ce que vous avez vu mon frère ? Il a mon âge, un look gothique et androgyne, et...
- Calmez-vous, bien sûr que je l'ai vu, votre frère. Je suis l'épicier, et il est passé faire quelques commis ce matin, avant de s'en aller avec une jolie blonde de son âge.
- Qui c'est ?
- Je n'en sais rien. C'est la première fois que je l'ai croisée. Je crains de ne pas pouvoir plus vous aider.
- Oui, bon ben... Merci !
- A ton service, jeune homme !
Vaincu, Tom regagna le van et s'installa au volant, le regard triste. Sa mère sortit son natel et soupira :
- Il nous reste une dernière carte à jouer : j'appelle la police.
Le jeune rockeur lança le moteur et, tandis que sa mère décrivait son frère dans le combiné du téléphone, ils prirent le chemin du retour.
Bill était à bout de force. Il avait faim et mal au pied d'avoir trop marché dans des chaussures inconfortables. Pourtant, malgré ses gémissements, Dana marchait toujours aussi vite et sans prononcer un seul mot.
- D... Dana ! Va moins vite, s'il te plaît !
La jeune femme se contenta d'émettre un grognement sourd et vira brusquement sur sa gauche. Bill la perdit de vue sa guide et accéléra le pas, trébuchant sur les branches qui jonchaient le sol.
Il s'écrasa contre une large paroi en bois qui lui barrait la route. Il jura. Et contourna l'obstacle.
- Tu as l'air malin, maintenant, sourit la blonde. Rentre manger quelque chose !
Elle avait de nouveau de bonne humeur et l'invita à entrer dans la cabane avec un grand sourire. L'androgyne la suivit en salivant. La pièce était très petite et entièrement boisée. Bill dénombra un vieux réchaud, une petite table, deux chaises et un grand canapé. Il compta deux portes et un fenêtre, puis s'assit sur l'une des chaises et commença à dévorer les sandwichs que lui tendait Dana.