Chapitre 1
Dimanche soir, quelque part dans les Alpes.
La porte d’entrée claqua derrière le jeune gothique et il s’avança dans le couloir, foulant des pieds le sol marbré de ses talons noirs. Son allure générale attirait les regards ; il portait une chemisette noire plaquée contre son torse fin, ses jambes moulées étaient dans un jeans slim. Son visage enfantin et efféminé provoquait des commentaires chez tous ceux qu’il croisait.
Hélas, il lui semblait que ses mèches noires et laquées, que ses yeux charbonneux et que son sourire fin ne plaisaient pas à tout le monde, comme d’habitude.
Il commença à regretter d’avoir intégré l’Internat du Pic Glacé. Son frère lui manquait déjà et il craignait de subir les attaques de l’un de ses fils à papa mal dégrossis.
La porte en chêne qui symbolisait la toute-puissance du directeur envahit son champ de vision. Il oublia temporairement les regards haineux et se mit à trembler comme une feuille.
- Je déteste les rendez-vous ! Je déteste les rendez-vous ! murmura-t-il.
Une voix grave l’invita à entrer et s’étouffa lorsqu’il ouvrit la porte.
- Vous… Vous êtes Monsieur Kaulitz ? B… Bill Kaulitz ? s’étrangla le directeur en lâchant son verre de pastis qui alla se déverser sur le tapis doré.
- Ben… ouaip… souffla le jeune homme en se passant la main dans les cheveux.
- Votre style est… Disons… Un peu particulier. Bon, je vous souhaite la bienvenue chez nous, j’espère que vous vous intégrerez facilement dans notre établissement…
La voix du directeur se perdit dans l’immense espace du bureau. Bill le détailla et sourit en cachette tout en contemplant le visage gras et ridé du directeur. Ses yeux noirs disparaissaient sous ses sourcils monstrueux et son nez lui mangeait le visage, comme un énorme cornichon sur une tomate fripée. L’ameublement contrastait étonnamment avec l’aspect de son propriétaire. Les meubles semblaient légers, aériens, tout auréolés d’or et de lignes fines et gracieuses. Le nouvel élève avait plus d'affinités avec le bureau que son légitime propriétaire.
- … Look trop provocant. Un domestique te conduira à ta chambre. La tenue est libre, mais je te déconseille de porter ses habits pourris en classe. Tu vas t’en acheter de nouveaux, j’espère ?
Bill Kaulitz laissa échapper un soupir et hocha la tête, sans écouter. Il savait qu’il risquait de devoir se raser rapidement s’il cédait d'un pouce. Le directeur écarta alors le dossier de Bill de la surface vitrée du bureau et appuya sur un petit interrupteur. Aussitôt un jeune homme blond tout habillé de blanc débarqua, au garde à vous.
- Thomas, vous conduirez le jeune Bill Kaulitz à la chambre… 102, à côté de l’escalier.
- Bien, monsieur.
Ledit Thomas fit demi-tour et s’éloigna rapidement. Bill hésita, puis suivit le blondinet aux allures de mannequin.
Quel homme pouvait bien obéir aussi docilement à un type pareil ? Bill chassa la question de ses pensées, il était nerveux. Et seul.
Le jeune majordome le conduisit à un ascenseur couvert de velours et de glace étincelante.
- Il est long à venir, cet ascenseur… Je loge au premier, il y aurait pas un escalier ? ronchonna l’androgyne, agacé par l’attente.
- Vous savez, nous sommes dans une école privée de luxe, ici, pas dans un hôtel miteux ! Vous vous intégrerez rapidement, j’en suis sûr ! conclut Thomas amicalement.
- Ah bon ? Tu es là depuis longtemps ?
- Oui, enfin… Je ne suis là que depuis quatre mois, mais je connais déjà beaucoup des habitudes du lieu. Je vous expliquerai si vous le souhaitez !
Bill se tut, épuisé. Il pensait à son frère resté chez ses parents et à tout ce qui lui était arrivé depuis une semaine…
- Monsieur Kaulitz ?
Ce dernier sursauta, perdant du même coup le fil de ses pensées.
- L’ascenseur est lent, mais il est finalement là… Vous venez ?
Le domestique semblait comprendre le nouveau venu et lui souriait toujours, gentiment. Il guida Bill jusqu’à la chambre 102 et disparut aussitôt.
- Au revoir ! Vous n’avez qu’à m’appeler si vous voulez de l’aide !
LE ROMAN